La Bénédiction des Cieux volume 3
Résumé et analyse sur la Bénédiction des Cieux TGCF volume 3 de Mo Xiang Tong Xiu édité chez les Editions Bookmark. Attention, ce post contient de nombreux spoils !
Résumé
La fin du volume 2 décrivait la jeunesse de Xie Lian 800 ans auparavant : son éclatante prestation en tant que Guerrier de Gré Divin lors du defilé Shangyuan, sa vie de prince héritier avec Feng Xin et Mu Qing au palais de Xianle puis de disciple au mont Taicang, sa rencontre avec Hong Hong-er, l’enfant que Xie Lian avait sauvé d’une chute mortelle en plein spectacle du défilé. L’enfant semble attirer le malheur et à chacune de ses apparitions, une catastrophe frappe Xie Lian et son entourage ; malgré tout Xie Lian lui offre réconfort et protection. Sur les conseils de son précepteur, Xie Lian parcourt le monde et après avoir vaincu un démon en combat singulier, effectue sa première ascension à 17 ans.
Le volume 3 s’ouvre sur sa nouvelle vie de divinité, assisté de ses subordonnés Feng Xin et Mu Qing qui l’ont suivi. Il apprend au Temple Sacré Royal qu’une sécheresse mortelle sévit dans la région de Yong’An, à l’ouest du royaume de Xianle. Choqué de l’inaction apparente des dieux et de la famille royale, il abandonne sa place à la Cour Céleste et rejoint le monde des mortels contre l’avis de tous. Il empreinte l’artefact du Maître de la pluie pour amener l’eau en provenance d’autres régions vers Yong’An.

Mais cela ne suffit pas, le peuple de Yong’An souffrant de faim et de soif émigre vers la capitale du royaume. Méprisés et chassés par ses habitants, les réfugiés occupent les portes de la capitale dans l’attente d’aides de la part de la famille royale, qui restent parcimonieuses. Après la mort atroce de toute une famille, ils se révoltent et le royaume glisse inéluctablement vers une guerre totale entre Yong’An et Xianle. Afin de mettre rapidement fin au conflit, Xie Lian prend les armes et rejoint l’armée de Xianle, sans se douter que d’autres décisions lourdes de conséquences et événements funestes mettront à mal sa confiance en l’être humain et en lui-même …
De retour au présent, Xie Lian est invité par Shi Qingxuan au festival de la Mi-Automne : les dieux prennent part à leur manière aux festivités des humains ! Ils participent à des jeux comme celle de la coupe de vin, avec à la clé des pièces de théâtre pleines d’autodérision, puis à la bataille des lanternes permettant de visualiser quel dieu est le plus apprécié par le nombre de lanternes de bénédictions. Et cette fois-ci, ce n’est l’empereur Jun Wun qui gagne la compétition !
De retour au temple de Puqi, Xie Lian accepte d’enquêter chez un riche marchand dont l’épouse a perdu son enfant, comme volatilisé de son ventre. Le marchand craint pour la grossesse de sa concubine, Xie Lian accepte donc de mener l’enquête, grimmé en femme enceinte ! Sa perspicacité et ses compétences en exorcisme le mèneront à affronter la voix enfantine déjà entendue lors de sa mission sur le mont Yujun, puis à croiser le démon Hua Cheng de façon totalement inattendue …

L’arc 2 est celui de l’extrême pour notre dieu martial : nous assistons petit à petit à la déchéance de Xie Lian, de ses brillants débuts de dieu vénéré pour finir en dieu moqué, méprisé et haï de tous, ses statuts détruits et ses temples incendiés. Comment en est-on arrivé là ? Ce n’est pas tant qu’il n’avait pas lutté de toutes ses forces, jusqu’au bout de lui-même, prenant des décisions difficiles même pour un dieu. En jugeant trop rapidement l’inaction de tous, Xie Lian a pêché par orgueil, pensant être celui qui se préoccupait le plus de son peuple, et réglerait le mieux les conflits internes de Xianle, se transférant ainsi toutes les responsabilités. Sa participation active sur le champ de bataille m’a choquée tant cette décision est à l’opposé du Xie Lian que nous connaissons. Entre la sécheresse, la rébellion, la maladie, l’effondrement de la capitale, le dieu ne sait plus où donner de la tête, perdant presque foi en l’humanité, finissant par agir à contre-courant de ses convictions. Hanté quotidiennement par des dilemmes, des malades et des morts, sa rage et sa colère deviennent palpables, finissant complètement épuisé, démuni, impuissant.
Le peuple du royaume de Xianle, qui admirait le dieu martial avec une telle ferveur, s’est détourné de lui de façon irrévocable. L’autrice nous décrit d’une certaine manière la faiblesse et la versatilité des êtres humains, qui quelques soient leur statut ou leurs intentions premières, passent de l’amour à la haine et la folie, lorsque les événements climatiques, la soif et la faim, la maladie, la peur et le désespoir entrent dans l’équation. Un récit qui fait étrangement écho à nos problèmes d’aujourd’hui.

Un être énigmatique fait son apparition, paré d’un masque blanc et d’une robe blanche, souriant d’un côté et en larmes de l’autre, qui pourrait être à l’origine de tous les maux de Xie Lian. Il apparaît avant le passage de la roseraie de tendresse puis aux dernières heures de la capitale. Une mécanique semble s’être mise en place, comme si une main inconnue s’évertuait à entraîner Xie Lian dans moults pièges et à le mettre à l’épreuve systématiquement, ici en le poussant vers la soif de sang et de luxure, vers la perte totale de contrôle. Cet être au masque blanc cristallise progressivement toute la colère, la frustration et les sentiments d’injustice de Xie Lian, cherchant inconsciemment un bouc-émissaire.

De retour au présent avec l’arc 3, nous retrouvons un Xie Lian pourtant plus serein malgré la remontée de souvenirs douloureux. On se demande bien comment le dieu a su rester positif, humble, confiant en l’être humain, après tout ce qui lui est arrivé ! Il ressemble à un redoutable soldat survivant qui vit plus heureux dans l’anonymat le plus total que dans la célébrité …
Rétrospectivement, cet arc permet de comprendre à quel point Xie Lian a essayé de surmonter son traumatisme avec le peuple de Yong’An, ayant tout tenté pour le sauver, pour finalement se faire haïr. Intégrer la Cour de Yong’An a été comme un moyen de surmonter les sentiments contradictoires qui devaient l’assaillir, entre volonté de protéger la paix entre Yong’An et Xianle, et la colère et le sentiment d’injustice face à l’opulence de Yong’An. Une tentative d’exorciser qui a échoué, le poussant d’autant plus au sacrifice.

Je ne m’attendais pas à apprécier autant Feng Xin et Mu Qing, les deux bras droits du prince héritier ! Ils ont des caractères très opposés, se disputant inlassablement : le garde du corps Feng Xin est le plus fidèle voire docile mais le plus ancien ami de Xie Lian, l’aide Mu Qing est beaucoup plus abrupte et caustique mais plus perspicace. Je n’étais pas fan de ce dernier car trop sarcastique mais j’adore la relation de confiance qui s’est instaurée entre lui et Xie Lian. Ils étaient plus que des subordonnés, amis et confidents, soutiens fidèles au quotidien comme sur le champ de bataille, de vrais compagnons d’armes capables de le suivre quelles que soient ses décisions. Xie Lian n’a pas hésité à les emmener dans le royaume céleste pour l’assister dans ses tâches en tant que dieu martial, faisant totalement confiance en leurs compétences. Une relation de réciprocité et de respect que j’ai adoré suivre, mais qui est par la suite mise à mal face à la rébellion de Yong’An. J’appréhende la suite de la saga, à savoir les circonstances qui ont amené Mu Qing puis Feng Xin à se séparer de Xie Lian … Mais en repensant au début de la saga, j’ai trouvé mignon le fait qu’ils aient aidé Xie Lian indirectement dans sa première mission !

Du fait de sa jeunesse compliquée, Qi Rong est un prince hors sol, une caricature du noble riche et imbu de lui-même, se sentant supérieur et méprisant les plus faibles, la fin justifiant les moyens. Déjà vulgaire et violent, Xie Lian prenait sur lui par amour pour sa mère et par compassion pour son cousin. Une caricature de l’humain, car lorsque Xie Lian prenant ses distances, Qi Rong se sent trahi et passe de l’adoration aveugle à une haine intense, comme tous à la fin de l’arc 2. Également une caricature de grand démon : alors que Hua Cheng règne par le respect au Grand Bazar Démoniaque, Qi Rong tyrannise ses subordonnés pour se faire obéir du fin fond de sa grotte … Comme tous les personnages de TGCF, on se dit qu’il n’y a rien à sauver, qu’on ne peut que ressentir de la pitié pour lui ! Reste qu’en squattant le corps d’un père de famille, on espère qu’au moins il s’occupera correctement de son pseudo fils Guzi (un jour) !

Enfin avec l’arc 2, nous faisons connaissance avec le petit Hong Hong-er qui a été sauvé par Xie Lian lors de sa chute au défilé et qui lui voue une adoration sans bornes. Celui-ci semble attirer des esprits maléfiques et engendrer des évènements néfastes, mais malgré sa nature sauvage et farouche, Xie Lian persiste à vouloir le protéger, percevant surtout la solitude, la tristesse et la colère de l’enfant persécuté. Désarmé face à son désespoir, il n’hésite pas à lui proposer de devenir sa raison de vivre … Une phrase bien présomptueuse mais qui deviendra le fil rouge de la vie de Hong Hong-er ! En grandissant, il fera tout pour honorer son dieu : le prier, combattre à ses côtés, le soutenir envers et contre tout. J’ai adoré le suivre lui et Xie Lian dans leurs mésaventures, l’aidant comme il pouvait sur le champ de bataille, le protégeant dans la roseraie de tendresse, lui promettant qu’il ne l’oublierait jamais ! Xie Lian est devenu une quasi obsession, telle une lumière aveuglante qui guide l’enfant malheureux vers tout le positif de l’être humain : la force et la puissance au service d’autrui, l’amour et la bienveillance sans jugement, une volonté de protéger un cœur sensible et fragile.

Xie Lian comme Hua Cheng représentent cette catégorie de héros en perpétuelle errance, solitaires, détachés et plein d’autodérision, navigant dans des mondes qui ne les comprennent pas ; mais ces singularités participent finalement à leur rapprochement. On ne peut que vouloir les prendre dans nos bras pour les réconforter ! L’arc 2 nous permet en filigrane d’assister à la rencontre du futur démon avec le Prince héritier, une partie du chemin parcouru à ses côtés et présage des évolutions du simple mortel qu’il a été vers le démon redouté de tous.


